La disparition du caribou

Le caribou : Une légende qui s’éteint

1 Cascapédia1 Albert2 E Laforce3 Route abandonnée4 J Cartier6 Lac Américains7 Xalibu8 Parc Forillon9 Sandy Beach10 Percé12 Anse Blondel13 Carleton14 Parc Bic

De retour au pied du Mont Albert pour me reposer un peu avant ma dernière randonnée au cœur des Monts Chic-Chocs, j’ai été informé par des campeurs qu’une conférence autour des caribous était organisée au centre d’accueil de la SEPAQ ce soir là. Après ma rencontre avec le garde forestier l’après-midi, ma soif d’en apprendre davantage sur la nature canadienne n’était toujours pas étanchée, je m’y suis donc rendu rapidement.

Cette conférence fut passionnante, le garde forestier du Mont Albert semblait être animé par la même passion (et la même peur pour l’avenir du caribou sur ces terres) que celui du Mont Jacques Cartier. Il nous a d’ailleurs appris les 2 raisons principales du déclin des caribous sur le territoire québécois méridional, et devinez qui est le seul et unique responsable de ces problèmes ? Vous me dites l’Homme ? Vous êtes trop forts…

1- L’armée américaine

Quoi de plus drôle que de survoler les plaines canadiennes en avion militaire pour faire peur aux animaux en les pourchassant ? En tout cas, au cours du XXème siècle, c’est ce que l’armée américaine a trouvé de mieux à faire pour passer le temps. Or, si vous vous souvenez, nous avons vu ensemble que les caribous, tout comme les orignaux, peuvent courir sur des distances démesurées sans sentir leurs forces les abandonner. C’est ainsi que des millions de cadavres de caribous ont jonché les plaines canadiennes après le passage des forces américaines. Un génocide dont nous n’avons bizarrement jamais entendu parlé…

Au départ du Mont Albert
Les forêts aux abords du Mont Albert fourmillaient de caribous par le passé.

2- L’arrivée du coyote sur les hauteurs canadiennes

Il n’y a pas que des personnes mal intentionnées parmi nous, mais vouloir jouer avec la chaîne alimentaire, même avec les meilleures intentions, ça demande une précision parfaite et de nombreuses réflexions en amont… Que ce soit en Gaspésie où ailleurs, le loup était par le passé le principal prédateur du caribou. L’Homme, pour contrer cette « menace », a décidé d’en éliminer un nombre très important (histoire de vendre quelques fourrures accessoirement). Mais comme nous le savons, l’équilibre naturel est très fragile et encore une fois nous n’avons fait qu’empirer les choses : En exterminant les loups, les coyotes plus au sud ont vu en ces lieux un nouveau territoire de chasse, car sans leurs cousins les loups, la place était libre. Malheureusement pour les caribous, les coyotes sont plus résistants que les loups et sont donc des prédateurs plus dangereux contre lesquels ils ne peuvent quasiment rien. Comme quoi, même quand on veut bien faire…

C’est pour toutes ces raisons qu’il ne reste que 95 caribous sur toute la moitié sud du Québec. Ah là on a fait fort, y’a pas à dire !

La fin de la conférence signifiait que j’allais enfin pouvoir me coucher. Après une journée aussi riche en émotions, le sommeil se faisait désirer. D’autant que celle qui allait suivre s’annonçait elle aussi mouvementée… Et pour vous, cette longue journée détaillée en 4 articles s’achève. Nous pourrons enfin passer à la suite de ce road-trip dès vendredi prochain ! Plus qu’une journée dans les montagnes avant de regagner la côte pour la dernière moitié du voyage…

*Nom du morceau : Reprise instrumentale de I See Fire, composée par Ed Sheeran.

Mont Jacques Cartier

A la rencontre des solitaires du Mont Jacques Cartier

1 Cascapédia1 Albert2 E Laforce3 Route abandonnée5 Le Caribou6 Lac Américains7 Xalibu8 Parc Forillon9 Sandy Beach10 Percé12 Anse Blondel13 Carleton14 Parc Bic

Si vous suivez mon road-trip gaspésien, vous savez que nous nous étions arrêtés au pied du Mont Jacques Cartier pour partir à la découverte du caribou. Malheureusement, à l’inverse de ce coin secret qu’incarne le Mont Ernest-Laforce où j’étais le matin même, le « Mont aux caribous » est très célèbre et les touristes s’y ruent en nombre pour espérer rencontrer l’icone canadienne. Et qui dit afflux touristique dit dégradation de la nature. Fort heureusement, les employés du SEPAQ veillent à son respect et certains d’entre-eux ont un œil si passionné et averti que les échanges qu’on peut avoir avec eux transforment votre vision du monde… Zoom sur une partie de mon voyage qui a tourné à la prise de conscience inquiétante.

Ascension de Cartier
L’épaisse brume ne permettait pas d’observer les hauteurs correctement

L’ascension fut rude et rapide, pressé par le temps, je devais arriver au sommet le plus tôt possible pour espérer voir un caribou. Les quelques voyageurs que j’ai croisé sur le sentier m’ont tous affirmé n’en avoir vu aucun aujourd’hui. Le brouillard épais et les forêts boréales qui occupent les plus hauts sommets gaspésiens donnaient une aura mystique au lieu. A travers la toundra alpine, je cherchais les traces de ce cervidé légendaire. Je ne pouvais accepter l’idée de repartir de Gaspésie sans l’avoir rencontré…

Un repère de garde forestier trônait au sommet du Mont Jacques Cartier. A l’intérieur, le garde préparait les dernières bûches afin de chauffer la cabane pour la dernière demi-heure avant de redescendre. Pas très bavard, j’ai tenté à plusieurs reprises d’amorcer une discussion. Ce garde était décidément le cliché même du bûcheron québécois : Robuste, barbu, équipé d’une chemise à carreau et d’une hache, solitaire et montagnard, il n’avait pas l’air très sociable. J’ai cependant pu glaner quelques infos : Aucun caribou n’avait été aperçu aujourd’hui, mais je pouvais bifurquer sur un petit sentier secret au milieu de la toundra alpine avant d’entreprendre la descension de la montagne. Avec un peu de chance, je pourrais peut-être y surprendre quelques animaux sauvages… Il m’a également indiqué, au cas où, comment réagir face à un caribou : Contrairement à ce qui est raconté, il ne faut pas s’accroupir, le caribou sait identifier l’Homme et si celui-ci se baisse, il pourrait le confondre avec un prédateur. Le caribou est curieux, il peut vouloir s’approcher de l’Homme pour l’analyser.

La cabane du forestier
Je quittais la cabane du forestier pour trouver le sentier caché, en suivant les tas de pierres servant de balises…

La rocaille qui dominait les lieux empêchait de distinguer correctement les chemins à suivre malgré les balises constituées de tas de pierres (à cette altitude, il est interdit de sortir des sentiers pour respecter la flore fragile de la toundra alpine). Avec les indications fournies par le garde forestier, j’ai finalement trouvé cette fameuses parenthèse au chemin principal qui s’enfonçait au travers des quelques sapins pas plus hauts que 3 pommes. J’ai traversé un coin si paisible et vierge de toute présence humaine que j’en suis venu à oublier tous les tracas stupides qu’on peut se ressasser en permanence : Pour quelqu’un comme moi, c’est bien sûr quasiment impossible en temps normal. Malgré mon apaisement, je n’ai pourtant trouvé aucun caribou sur ce dernier sentier avant la re-descente.

De retour sur le chemin principal, j’étais relativement dépité. C’est à ce moment précis que j’ai compris que ma randonnée allait finalement se terminer en beauté :

Le légendaire caribou
Mais qui vois-je pointer le bout de son museau ?

L’animal emblématique du Canada était là, devant mes yeux, à une 100ène de mètres de moi. Et il avançait paisiblement, il semblait intrigué par ma présence. C’est alors que le garde forestier est apparu derrière moi, lui aussi descendait pour prendre la dernière navette de la journée. Nous avons observé ce roi de la forêt boréale passer près de nous pour disparaître dans la brume alentour. Nous descendîmes alors, mon nouveau compagnon de route et moi, le reste du Mont Jacques Cartier à pas hâtés. Mon détour par le sentier secondaire et le temps que nous avons passé à observer le caribou nous a retardé et nous risquions de louper le dernier bus.

Lors de cette descente, le forestier semblait bien plus enjoué qu’en préparant le bois dans sa cabane, et nos échanges jusqu’au bas de la montagne furent des plus intéressants. Tandis que nous ramassions ça et là les quelques détritus laissés par les touristes négligents, nous nous sommes fait part du regard que nous portions sur l’Humanité avec une dose de mépris suffisante pour perdre de notre objectivité…

Le caribou se rapproche...
Le caribou est un animal curieux…

Le caribou n’est plus le roi qu’il était : A l’heure actuelle, le nombre de caribous sauvages dans le Québec méridional n’est plus que de 95, tous comptabilisés sur le Mont Jacques Cartier. Pour info, le Québec méridional représente 2 fois la taille de la France. Les naturalistes estiment que les caribous auront disparu d’ici 10 ans malgré les tentatives de protection entamées (comptage par hélicoptère, chasse des coyotes, sensibilisation des touristes…). Parmi les dernières causes identifiées : La présence d’un césium radioactif qui a contaminé les quelques végétaux survivant dans la toundra alpine, principale source de nourriture des caribous. On suppose que les spores de champignons contaminés sont arrivés dans les forêts boréales québécoises par le biais de chaussures de randonnée mal nettoyées de touristes venus de Norvège. Là bas, les rennes (cousins européen des caribous) ont été infectés par les retombées radioactives de Tchernobyl qui ont touché les lichens et autres végétaux. Il existe de nombreuses autres causes bien plus graves dont nous reparlerons dans un prochain article.

Descension de Cartier
La descente allait se faire dans les mêmes conditions qu’à l’aller…

Je pourrais encore vous écrire de nombreuses lignes sur nos conversations, allant de l’importance du castor dans la préservation de l’écosystème montagnard, des papillons, des oiseaux ou encore du mépris de l’Homme pour la nature, la discrétion ou la solitude… Retenez juste une chose : La fragilité de notre monde est bien plus grande que nous ne l’imaginons. Ces rencontres avec le caribou, le garde forestier, la faune et la flore du Mont Jacques Cartier ont bouleversé ma vision des choses sur bien des aspects. Quand on en vient à devoir installer des centaines de pièges à papillons pour capturer des insectes (arrivés d’Asie… on se demande bien grâce à qui) qui menacent toute une partie de la forêt boréale, on se dit que l’équilibre avec lequel nous jouons en permanence est plus que fragile. Nous devrions cesser de contempler notre nombril, cesser de rire de ces hommes solitaires perchés dans leurs montagnes et faire un pas vers eux pour comprendre l’étendue des dégâts que nous causons autour de nous. Si le simple fait de ne pas laver ses chaussures pour voyager peut mettre en danger toute une espèce à l’autre bout de la planète, imaginez un peu la force de frappe qu’impliquent toutes nos grandes décisions.

De retour à ma voiture, j’ai repris le chemin du Mont Albert où j’allais pouvoir reprendre mes forces avant d’attaquer une dernière journée de randonnée dans le Parc National de la Gaspésie. Mais avant de dormir, j’ai souhaité assister à une conférence d’un autre garde forestier, celui du Mont Albert. Elle traitait justement du caribou… Mais nous en parlerons une prochaine fois ! Je vous dis donc à vendredi prochain pour un nouvel article.

*Nom du morceau : Nighthawk Forest, issu de l’album Celtic Elf Music, composé par Derek Fiechter.

En route pour Jacques Cartier

Sur la route abandonnée…orignaux et gros rochers

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Dans la lignée de ma matinée au Mont Ernest-Laforce où j’ai été à la rencontre de l’orignal, je comptais profiter de mon après-midi pour voir de mes propres yeux le légendaire caribou à l’état sauvage. Mais pour ça, il faut se rendre au Mont Jacques Cartier. La route que j’ai pris pour y aller fut plus surprenante que prévu…

La pluie continuait de tomber en trombes d’eau sur les sentiers boueux du parc gaspésien. Couplez ça à la mauvaise connaissance de la signalétique québécoise aux abords des routes et vous obtenez une erreur importante que j’ai commis près d’une intersection… Comme je vous l’ai dit dans mon dernier article, le Mont Ernest-Laforce est très difficile d’accès, et le GPS n’indiquait aucune route pour s’y rendre. Le retour s’est donc fait sans carte. Résultat, je me suis engouffré sans le savoir sur une route fermée à la circulation. Je l’ai deviné rapidement quand j’ai été confronté à des débris de roche qui bloquaient la voie partiellement. Evidemment, il m’était impossible de faire demi-tour au vu de l’étroitesse du chemin, à moins de risquer finir en bas de la vallée. Sauf qu’avec une voiture de location et une assurance au raz-des-pâquerettes, on évite ce genre de folies !

Panorama du Mont Ernest-Laforce
La météo ne s’annonçait pas très clémente…

Cette route devait être fermée depuis de nombreux mois, et un nouvel élément allait venir confirmer ma théorie : La nature reprenant ses droits, je suis de nouveau tombé sur des orignaux ! Etant en contrebas du Mont Ernest-Laforce, il s’agissait cette fois-ci des mâles ! Me voilà confronté à un sacré dilemme : Poursuivre ma route au risque de me faire charger par les orignaux ou tenter un demi-tour sur une route non-stabilisée ? J’ai décidé de continuer mon chemin en ralentissant pour rester à bonne distance des cervidés. Il faut savoir qu’au Canada, il est interdit de poursuivre les orignaux et les caribous en voiture, car ces derniers ne ressentent pas la fatigue et peuvent courir sur des distances interminables jusqu’à mourir d’épuisement. Je croisais donc les doigts pour ne pas être responsable de la mort d’orignaux (un comble pour un voyageur qui souhaitait à tout prix respecter leur quiétude) et pour qu’ils ne décident pas de charger ma voiture…

Il m’a donc fallu m’armer de patience et de sang-froid pour rouler à bonne distance des orignaux qui me devançaient d’une 20ène de mètres à 30 km/h jusqu’à espérer qu’ils bifurquent dans la forêt. Ce qui s’est produit après une bonne demi-heure de course. Ouf !

Orignal en fuite
Toujours garder une distance de sécurité…

Enfin j’arrivais au pied du Mont Jacques Cartier. D’ici, un bus mène les touristes un peu plus haut dans la montagne. C’est pour contrôler les flux touristiques qu’il est impossible de monter de son propre chef (un autre chemin existe cependant, bien plus long, mais j’ignorais son existence à ce moment là). Ce que je ne savais pas, c’est qu’il me fallait payer et l’entrée du parc, et le trajet en bus. Après une petite négociation avec le guichetier, j’ai pu passer pour moitié prix ! J’ai eu la chance de pouvoir prendre le dernier bus qui montait à 12h. Limité par le temps, j’avais pour obligation de redescendre à 17h. Le temps maussade a fort heureusement fait fuir les touristes, et ce jour là, j’étais seul dans ce bus (avec le conducteur bien sûr…).

Une fois sorti du bus, me voilà parti pour une nouvelle randonnée, mais comme cette journée était décidément riche en événements, nous la terminerons dans un prochain article !

*Nom du morceau : Spikeroog, issu de l’OST du jeu vidéo The Witcher 3 : Wild Hunt, composée par Marcin Przybyłowicz, Mikołaj Stroiński et Percival.

Mont Ernest-Laforce

A la recherche du roi de la forêt

1 Cascapédia1 Albert3 Route abandonnée4 J Cartier5 Le Caribou6 Lac Américains7 Xalibu8 Parc Forillon9 Sandy Beach10 Percé12 Anse Blondel13 Carleton14 Parc Bic

« Rassasiez-vous ! Respirez profondément.
Contemplez les formes, les couleurs.
Ressentez le vent.
Ecoutez.
Humez tous les arômes.
Goûtez de tous vos sens. »

Aujourd’hui, je vous conte la matinée de l’une des journées les plus mémorables de mon road-trip en Gaspésie ! C’est tôt le matin que je décide de m’enfoncer un peu plus dans les monts du parc national. Un conseil qui m’a été donné à la fois par le fermier québécois et les voyageurs qui m’ont offert le gâteau de l’amitié m’a décidé à faire une ascension que je n’avais pas prévu en préparant mon voyage : Celle du Mont Ernest-Laforce. Cette montagne plus modeste (haute de seulement 820 mètres) accueille pourtant en son sein celui qui règne en maître sur le territoire de la péninsule, mais laissez moi reprendre cette excursion depuis son départ…

Ce matin là, le temps était maussade : averses parfois diluviennes et brouillard permanent. Autant dire que cela ne permettait pas de profiter de la vue pourtant décrite comme exceptionnelle, car depuis le sommet il est possible d’observer le Mont Albert mais aussi le Mont Jacques Cartier et le Mont Xalibu dont nous reparlerons. Fort heureusement, la contemplation du paysage ne faisait pas partie de mes priorités pour cette nouvelle randonnée en Gaspésie. Perdu au cœur du parc, Ernest-Laforce n’attire pas autant de touristes que le Mont Albert, mais est pourtant bien connu des autochtones. Ce lieu est un peu comme un bon coin à champignons : Les gaspésiens le connaissent bien mais ne veulent pas trop en parler pour éviter qu’on y pille ses richesses. Et c’est justement parce que le Mont Ernest-Laforce n’est pas très visité (très peu de voies d’accès, voies par ailleurs très longues et sinueuses constituées de terre battue, randonnée très facile, dénivelé inexistant, pas d’altitude…) qu’il est aussi intéressant : La faune, qui voit en ces lieux un coin à l’abri des touristes, peut prospérer et reprendre ses droits en toute tranquillité.

Les clairières d'Ernest-Laforce
C’est dans ces clairières qu’on rencontre souvent le maître de cette contrée…

C’est après une bonne heure de marche sous la pluie que je commençais à regretter mon choix de faire cette balade… Je scrutais les sous-bois alentours à la recherche de l’animal légendaire censé peupler les forêts de Gaspésie, en vain. Pourtant, il y avait bon nombre d’emplacements ressemblant aux clairières (voir la photo précédente) dans lesquelles il apprécie se reposer au soleil et où il peut brouter en paix. Mais les livres ne font pas tout, j’avais beau m’être documenté sur son comportant, pas moyen de le faire sortir de sa cachette. Et pour préserver sa tranquillité (recherchée en ces lieux pour les raisons évoquées précédemment) il est formellement interdit de quitter les sentiers pour aller à sa rencontre.

Je suis alors tombé sur 4 randonneurs qui revenaient d’une balade encore plus matinale. Ces randonneurs m’ont affirmé en avoir vu 7 autour du sentier… J’ai donc redoublé de prudence et de discrétion pour les dénicher. Et cette « traque » a été couronnée de succès très rapidement. J’ai enfin pu rencontrer l’un des animaux que je souhaitais le plus découvrir de mes propres yeux durant ce voyage… L’orignal ! Très présent sur le territoire québécois et particulièrement en Gaspésie, l’orignal est assimilé, à tord, au caribou. Le caribou est présenté comme l’un des symboles du Canada à l’international, mais l’apparence qui lui est attribuée est pourtant celle de l’orignal, qui peuple bien plus de forêts québécoises que le caribou (dont nous parlerons plus tard). L’orignal est bien plus imposant que le caribou, et possède un panache (les bois) différent.

La femelle orignale et son faon
La rencontre tant attendue avec une femelle orignal et son faon…

Vous remarquerez sur cette photo que ces orignaux n’ont pas de panache, tout simplement car seuls les mâles en possèdent. A chaque fois que je suis tombé sur un orignal (et non pas un original comme je le croyais à mon arrivée au Canada), il s’agissait d’une femelle. Et en cherchant un peu, on dénichait souvent son faon à proximité ! Les mâles partent plus en contrebas de la vallée pour protéger les femelles des coyotes et autres prédateurs, je n’ai pu en observer qu’un seul. Fort heureusement ce dernier était à une distance suffisamment raisonnable pour que je reste confiant sur la suite de ma balade. En revanche, les femelles et leurs faons étaient parfois très proches du sentier, à seulement quelques mètres de moi ! Face à cet animal à la carrure impressionnante, je n’en menais pas large, le moindre mouvement brusque pouvant représenter une menace pour leurs faons, je ne serais sans doute pas rentré dans le même état que je suis arrivé en Gaspésie…

Je suis pourtant revenu bel et bien entier, et avec des souvenirs plein la tête suite à ces rencontres magiques, malgré un temps bien triste. Cette pluie, couplée à l’heure très matinale de ma marche, a cependant permis d’éloigner les quelques touristes ayant entendu parler de ce coin, et seuls les habitants, qui respectent bien plus les lieux et la faune, sont venus à la rencontre des orignaux, évitant de les faire fuir et les laissant brouter en paix.

Cette journée magnifique ne faisait que commencer, et nous la continuerons dans le prochain article…

(Psssst… Regardez bien la première photo de l’article, l’avez-vous vu ?)

*Nom du morceau : Motions, issu de l’album du même nom, composé par William Lam.