Cap Bon-Ami

Traquons l’ours à Forillon

1 Cascapédia1 Albert2 E Laforce3 Route abandonnée4 J Cartier5 Le Caribou6 Lac Américains7 Xalibu9 Sandy Beach10 Percé12 Anse Blondel13 Carleton14 Parc Bic

Après une belle nuit chauffée dans un refuge perdu dans le Parc National de Gaspésie (et même un peu trop chauffée…), j’ai enfin repris le chemin du retour. Je vous passe les détails de cette longue randonnée matinale pour quitter le parc et repartir sur les routes. J’ai regagné les rives du Saint-Laurent pour aller à la découverte de l’extrême-est de la péninsule.

Sur cet itinéraire, d’après l’un des randonneurs rencontré quelques jours auparavant, il y a un rocher un peu étrange au bord de l’eau qui scrute les abords des falaises…

Rocher à tête d'indien
Le rocher, très justement nommé « Rocher à tête d’indien » surveille les côtes…

Mais mon objectif principal n’était pas de m’arrêter près de cette tête sculptée par l’eau et le vent, mais bien de découvrir le parc Forillon, un petit coin réputé pour sa faune foisonnante. A mon arrivée, une première bonne nouvelle : On offre l’accès au parc à tout le monde ! Et oui, ce jour là était férié au Canada puisque nous étions le 1er juillet, date de la fête nationale. Cette fête est d’ailleurs surnommée la fête des déménagements, en raison des bails, qui se terminent pour une majorité à cette date (pour éviter les désagréments causés aux enfants en période scolaire). Après avoir croisé un animal étrange ressemblant à un porc-épic puis quelques lapins, je me suis armé de mon sac à dos. La nuit tombait déjà et je comptais bien en profiter pour arpenter la forêt de nuit, chose que je n’ai pas vraiment eu l’occasion de faire dans les Monts Chic Choc.

Hauteurs de Forillon
Depuis les hauteurs du parc Forillon, les côtes au nord s’endormaient peu à peu…

Comme le titre de l’article le laisse deviner, je comptais partir à la rencontre des ours du parc, qui sont plus nombreux ici qu’ailleurs au Québec. Et la nuit était mon meilleur allié, puisque ces animaux sont très peureux et les randonneurs tiennent souvent à distance les ours, que ce soit en parlant ou simplement en marchant un peu trop bruyamment. J’ai arpenté les bois pendant plusieurs heures dans une obscurité partielle grâce à la lune et le temps clair qui dominaient la presque-île du Cap Bon-Ami (en couverture de cet article) : Cet endroit était vraiment sublime. Avez-vous déjà randonné en montagne, dans un lieu sauvage au milieu d’une vaste forêt qui longe de grandes falaises, contre lesquelles les vagues viennent s’abattre avec force ? Et bien pour moi c’était désormais chose faite et cette expérience éveille de nombreux sens ! Le bruit du vent dans les arbres et la résonance des vagues sur les parois rocheuses offrent un spectacle étonnant à nos esgourdes, tout comme celui offert par les odeurs de pins qui s’entremêlaient aux effluves maritimes.

Pourtant, malgré les empreintes, les fientes d’ours un peu partout et quelques heures de recherches, je n’ai pu approcher aucun ours. J’ai bien cru voir se dessiner quelques silhouettes lointaines, mais l’obscurité et mon imagination m’ont peut-être joué quelques tours, nous n’aurons jamais la réponse…Mais sans doute était-ce mieux, je ne serais peut-être pas là pour vous conter ce récit si j’avais croisé nos amis nordiques !

Après avoir observé la marée montante frapper le Cap Bon-Ami au loin, je suis redescendu à ma voiture pour une nouvelle nuit onirique avant de continuer ma route vers le Sud…

 

*Nom du morceau : Y’a trente marins sur la mer, issu de la compilation « Les Incontournables » du groupe Tri Yann.

Depuis le Mont Xalibu

Perdu en montagne : La nuit tombe, la fatigue aussi

1 Cascapédia1 Albert2 E Laforce3 Route abandonnée4 J Cartier5 Le Caribou6 Lac Américains8 Parc Forillon9 Sandy Beach10 Percé12 Anse Blondel13 Carleton14 Parc Bic

Nous nous sommes quittés sur les hauteurs du Mont Xalibu d’où j’a décidé une nouvelle fois de bouleverser mes plans pour explorer encore un peu les recoins du parc gaspésien…

Il était 16h et le soleil se coucherait d’ici 2h, je savais déjà qu’une partie du voyage retour se ferait de nuit, et ce ne serait pas la partie la plus drôle puisqu’il s’agirait des bois qui entourent le Mont Albert, là où l’obscurité domine déjà en pleine journée. Sans lampe torche, je risquais bien de m’y perdre, et le sentier non restauré ne m’aiderait pas. Perdu pour perdu, j’ai donc choisi d’explorer les vallées reliant les sommets Jacques Cartier et Xalibu. De vastes forêts de petits conifères me permettraient ici de distinguer plus facilement mon chemin, même de nuit, l’altitude ayant favorisé une végétation proche de la toundra alpine, je ne m’inquiétais pas pour cette partie du retour.

Sur ce sentier, j’ai rencontré des lapins et des poules sauvages ! J’espérais secrètement croisé de nouveau un caribou car je me rapprochais des hauteurs dans lesquelles les mâles patrouillent. Malheureusement aucune trace d’un quelconque cervidé dans les parages. Après 2 nouvelles heures de marche, je me suis rendu compte que le retour allait finalement me prendre au moins 5h, et ce sans compter de pause. En y rajoutant 1h pour la fatigue et l’obscurité, je ne rentrais pas avant 2h du matin. Le défi m’intéressait mais la dernière partie me faisait tout de même un peu peur. L’idéal aurait été de poser ma tente ici sauf que voilà : Ayant prévu de rentrer après mon arrêt au lac aux Américains, je n’avais prévu ni de quoi dormir, ni de quoi manger : Mes provisions étaient à sec.

Vue du refuge
Le Mont Xalibu paraissait déjà bien loin…

La nuit commençait à tomber et les rayons de soleil se faisaient peu à peu engloutir par l’imposant Mont Albert. Alors que j’avais finalement assouvi ma soif de découvertes pour la journée et que je pensais rebrousser chemin, je suis tombé sur une cabane à proximité d’une petite étendue d’eau. Il y avait à l’extérieur une table et un entrepôt pour le bois, mais l’endroit semblait inhabité, voir abandonné. Intrigué, j’ai décidé d’ouvrir la porte du repère. Celle-ci n’était pas verrouillée, j’y ai découvert un refuge avec 4 matelas, une table, quelques chaises et même une cheminée. Une crème solaire à moitié vide trônait sur la table ainsi qu’un bouquin sur la Gaspésie… Pourtant, la cabane semblait laissée à l’abandon depuis des mois. L’hiver, ces coins étant inaccessibles, cela devait faire près d’un an qu’elle n’avait pas été occupée. J’y ai provisoirement posé mes affaires, malgré qu’il y est un coin pour dormir, la problématique du repas tenait toujours et je ne comptais pas rester dans ces lieux. Un panneau indiquait un camping à 2 km du refuge. Par curiosité, j’ai décidé d’y faire un tour voir si j’étais loin de la « civilisation ».

Sur le toit du refuge
Une échelle permettait de monter sur le toit du refuge.

2 québécois visiblement venus passer du bon temps autour de quelques bières installaient leur campement dans ce camping désert. Ils m’ont d’ailleurs confié que cette partie du parc était tellement éloignée qu’ils pouvaient venir planter leur tente gratuitement sans risquer la moindre amende… J’ai alors supposé que le refuge était lui aussi payant mais que personne à la SEPAQ n’en vérifiait le planning. Ces 2 camarades étaient vraiment sympathiques, mais à la vue des minutes qui défilaient, j’ai dû reprendre le chemin du retour, la nuit allait être assez courte comme ça, il ne fallait pas que je m’éternise plus. Mais arrivé au refuge, j’ai pensé à une toute autre solution que la rando nocturne, car même si l’aventure m’intéressait, pourquoi ne pas passer la nuit ici après tout ? Avec un peu de chances, les 2 québécois pourraient peut-être m’échanger quelques provisions contre mes derniers dollars ? J’ai donc fait demi-tour et suis revenu à la rencontre de nos 2 campeurs venus eux aussi de Montréal et je leur ai demandé s’ils avaient de quoi manger en échange de quelques pièces. C’est avec un plaisir certain qu’ils se sont hâtés à l’intérieur de leur grande tente et m’ont préparé une poche plastique avec de la viande séchée, une barre de céréales et même une barre de chocolat. En n’étant pas trop gourmand, je pouvais même m’en garder pour le petit déjeuner. Ils ont évidemment refusé mes pièces, je leur ai alors donné rendez-vous au gîte du Mont Albert où je comptais bien leur payer quelques bières en remerciements le lendemain. Malheureusement ils devaient partir très tôt et ce n’était pas sûr que nous puissions nous retrouver.

Le refuge
Une petite bougie, une nuit claire sur le Mont Xalibu et de quoi bouquiner…

De retour à ma cabane, j’avais de quoi manger et dormir mais il restait un problème : A part les matelas, il n’y avait aucune couverture, et à cette altitude les températures risquaient chuter à -10°C et le refuge n’était pas très isolé. Avec une cheminée et une hache dehors, continuons dans les clichés de l’aventure québécoise et allons couper quelques bûches de bouleau dehors ! Non sans mal, j’ai réussi à me constituer un stock plutôt conséquent de branchages et bûches récupérées sur des arbres morts.

Le bouleau est parfait pour allumer un feu, notamment grâce à son écorce particulièrement inflammable. C’est à la sueur de mon front (oui ça permet d’allumer un feu paradoxalement) que j’ai réussi à préparer mon feu de bois. Celui-ci m’aura finalement tenu toute la nuit et aura même un peu trop chauffé la cabane puisque j’ai dû ouvrir les fenêtres !

Ce qui s’annonçait comme une nuit de péripéties à travers la forêt s’est finalement transformé en escale improbable au milieu des montagnes, dans un vrai lit et avec un vrai chauffage ! Si on m’avait dit que ma meilleure nuit se passerait lorsque je n’avais prévu ni de quoi dormir ni de quoi manger…

 

*Nom du morceau : Mystificoté de Suroît, issu de l’album du même nom.

Le Lac aux Américains depuis le Mont Xalibu

Du lac aux Américains jusqu’à Xalibu : une excursion imprévue

1 Cascapédia1 Albert2 E Laforce3 Route abandonnée4 J Cartier5 Le Caribou7 Xalibu8 Parc Forillon9 Sandy Beach10 Percé12 Anse Blondel13 Carleton14 Parc Bic

Après une bonne nuit de sommeil, me voilà fin prêt pour reprendre mes chaussures de randonnée et partir à la découverte de mon dernier objectif au coeur des Monts Chic Choc : Le lac aux Américains. Là où le lac Cascapédia dégageait une aura paisible, le lac aux Américains, bien connu en Gaspésie, a la réputation d’impressionner les curieux qui s’y rendent par les paysages qui l’entourent et par son eau pure. Avec quelques provisions pour la journée, je comptais me rendre uniquement au lac et reprendre la voiture dans l’après-midi pour rejoindre les rives du fleuve Saint-Laurent pour la suite du voyage. Seulement, ma soif de découvertes a pris le dessus et tout ne s’est pas passé comme prévu. Mais comme ce sont les imprévus qui créent les meilleurs souvenirs, je vais vous en conter les contours dans cet article et dans le prochain…

Trouver le lac aux Américains en suivant le sentier international des Appalaches n’était pas gagné : En empruntant cette section qui n’avait pas été nettoyée depuis un an, je n’ai pas pu suivre aussi facilement mon itinéraire que durant mes randonnées au Mont Ernest-Laforce ou vers le Mont Albert. Il faut savoir que la saison touristique n’avait pas réellement commencé (nous étions fin juin) et les agents de la SEPAQ s’attelaient à restaurer les sentiers principaux pour les premières arrivées de visiteurs. Ce sentier, très long et sinueux n’achemine vers aucune hauteur et n’est donc pas très fréquenté. Les grandes étendues boisées empêchaient par ailleurs de se repérer, les nuages dominaient encore le ciel et les quelques rayons de soleil n’arrivaient pas à percer la végétation dense. Le tout donnait à ces lieux une atmosphère mystique un soupçon inquiétante. D’énormes arbres tombés au cours des mois précédents nécessitaient même de contourner le sentier d’une vingtaine de mètres. Après deux bonnes heures de marche à travers les bois du parc, je voyais enfin les panneaux indiquant le lac aux Américains…

Au fond des bois
Ressentez-vous l’aura mystique qui émane de ces bois ?

Cette longue balade n’avait pas été vaine et j’ai finalement trouvé un endroit merveilleux. L’origine du nom de ce lac vient de botanistes originaires des Etats-Unis qui, au début du XXe siècle, avaient installé leur camp sur ses rives. Occupant le fond d’un des plus beaux cirques glaciaires du Québec, le lac aux Américains est enclavé entre les Monts Richardson et Xalibu. Un petit coin de paradis qui nous rappelle l‘importance de lever les yeux pour admirer le monde qui nous entoure et relativiser notre place sur ces terres.

Malheureusement, une route et un parking à proximité permettaient un accès rapide au lac et en faisaient un site beaucoup plus fréquenté que les autres lieux que j’ai visité les jours passés. Le soleil s’étant dévoilé et midi arrivant, de nombreuses familles venaient prendre leur déjeuner aux abords du lac. Souhaitant faire une timelapse pour capturer cette vision magnifique dans mon appareil photo, je suis resté 2 bonnes heures, laissant défiler de nombreux curieux avec lesquels j’ai pu échanger et faire part des expériences que j’ai vécu la veille avec une fierté non dissimulée. Je leur ai bien sûr conseiller de se rendre au Mont Albert, mais je me suis gardé de mentionner le Mont Ernest-Laforce…

C’est à ce moment de la journée que mon excursion a pris une tournure imprévue. Plutôt que de rebrousser chemin, j’ai souhaité gravir un dernier mont avant de partir. A proximité, le Mont Xalibu dominait la vallée et le soleil me permettrait enfin de profiter de la vue et des premières chaleurs estivales.

Le lac aux Américains
Après une heure sous les nuages, les contours du lac et le Mont Xalibu se sont enfin dévoilés…

La randonnée fut difficile mais brêve. Une fois au sommet du Mont Xalibu, j’ai pu admirer une vue là encore sans pareille et dévorer des yeux ce qui s’offrait à moi. J’étais définitivement tombé amoureux de la Gaspésie. A l’est, le mystérieux Mont Jacques Cartier dominait le parc, on pouvait même deviner la cabane du garde forestier. A l’ouest, le Mont Albert et ses pentes abruptes impressionnantes protégeait encore quelques neiges éternelles. Au sud-ouest, le discret Mont Ernest-Laforce me rappelait mes rencontres avec les orignaux la veille. Le Mont Xalibu était décidément un bon point de chute pour clore cette première partie du road-trip et se remémorer les différentes expériences que j’y ai vécu. Les écarts à mon planning auraient pu s’arrêter là, mais…l’affection que je portais pour ces lieux me poussait à décaler mon départ une nouvelle fois.

Plutôt que de redescendre, j’ai décidé de sortir des sentiers et de m’offrir une escapade « off the beaten track », ne serait-ce que pour satisfaire mon côté explorateur. Après avoir descendu une partie rocailleuse du Mont Xalibu, j’ai posé mes affaires et ai décidé de prendre un bain de soleil pendant deux bonnes heures. Avec le temps maussade qui régnait sur Montréal depuis des mois, cet écart a été très appréciable. J’ai par la suite repris mes affaires et suis redescendu…à l’opposé du sentier de retour ! (Oui je ne sais pas m’arrêter)

Mais cette seconde partie de la journée s’achèvera vendredi prochain dans un nouvel article ! D’ici là, prenez soin de vous et on se donne rendez-vous la semaine suivante !

*Nom du morceau : Autumn Voyage, issu de l’OST du jeu vidéo RuneScape, composé par Ian Taylor et James Hannigan.